Dopage
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Arrêté du 10/10/02 modifié et d'application le 01/01/05 concernant le dopage : Doc PDF

Cannabis et dopage


Actualité

En 2003, sur les 730 contrôles passés en Communauté française de Belgique, 50 cas positifs étaient enregistrés dont près de la moitié, vingt-deux très exactement, pour consommation de cannabis. Ces chiffres rejoignent les estimations statistiques effectuées en Flandre et dans les pays voisins. Le cannabis s'illustre donc comme la première substance détectée dans le cadre des contrôles antidopage, ce qui suscite évidemment beaucoup de questions. Quels sont ses effets dans l'effort? Quels sont les risques à court et à long terme? Et surtout, mérite-t-il sa place au sein de la liste rouge?


Présentation

Cannabis, haschich, shit, marijuana, herbe ou simplement "beu": ces termes se rapportent aux modes de consommations des différentes parties d'une plante ("cannabis sativa" ou "chanvre indien") riche en une substance psycho-active connue sous les initiales THC *. La dénomination "herbe" désigne un mélange de feuilles et de fleurs simplement séchées et coupées. Le terme haschich s'applique à la résine obtenue à partir des sommités florales. Il est généralement coupé avec des substances parfois toxiques comme le henné, le cirage, la paraffine ou même l'huile de vidange!


Histoire

Cette plante originaire d'Asie, connue et exploitée depuis des millénaires, se caractérise par des fibres relativement solides qui interviennent dans la fabrication de vêtements et de papier. Ainsi, la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis est-elle rédigée sur une feuille de chanvre! En médecine traditionnelle, on lui attribue aussi un tas de vertus thérapeutiques (antiémétique, antispasmodique, analgésique) dont certaines se sont vues d'ailleurs confirmées par la science des années plus tard. L'Europe découvre vraisemblablement les effets psychotropes du cannabis au XVIe siècle et lui réserve d'ailleurs un accueil plutôt favorable. Rabelais lui-même donne des recettes pour préparer cette plante qu'il appelle "Pantagruelion" dans son Tiers Livre (1546) des aventures du bon Pantagruel. Au XIXe siècle, sa consommation prend soudain de l'ampleur et une véritable "mode du Haschich" se répand parmi les artistes. Entre autres adeptes de ces "béatitudes infinies", citons l'auteur Théophile Gautier qui fonde le fameux "club des haschischins" vers 1840, dont feront partie Delacroix, Nerval, Daumier, Baudelaire, Flaubert, etc.


Législation

Jusqu'au début du XXe siècle, la consommation du cannabis ne faisait l'objet d'aucune législation prohibitive; pas plus d'ailleurs que celle des autres opiacés: héroïne, cocaïne, morphine, opium. La prise de conscience tardive des effets désastreux de l'abus de ces drogues dans la population donna lieu à de multiples conventions internationales visant au contrôle puis à la répression de ces substances. A l'issue d'une conférence organisée à Genève en 1925, l'interdiction du cannabis fut décrétée dans de nombreux pays et son commerce passa alors dans la clandestinité. Aujourd'hui, la question suscite toujours autant de débats entre les spécialistes qui plaident la tolérance et d'autres qui prônent la sévérité. Signalons qu'en Belgique l'interdiction de consommation demeure, en particulier chez le mineur d'âge. Mais, le 20 avril 1998, le gouvernement présentait au Parlement une circulaire visant à alléger la répression à l'encontre des consommateurs majeurs. Cette circulaire établit donc une différence entre le cannabis et les autres drogues illégales. Une première sur le plan juridique!


Dopage

La consommation du cannabis pose les mêmes ambiguïtés dans le sport qu'ailleurs dans la société. Là aussi, les avis se partagent entre banalisation et diabolisation. Cela lui vaut un statut particulier dans la réglementation de l'Agence Mondiale Antidopage. En clair, le cannabis y est interdit uniquement pendant les compétitions. Il fait également partie des substances dites spécifiques, c'est-à-dire celles qui "peuvent entraîner une violation non intentionnelle des lois antidopage de par leur présence dans certains médicaments ou étant moins susceptibles d'être utilisées avec succès comme agents dopants". De fait, si le sportif arrive à établir qu'il n'a pas consommé le produit dans le but d'améliorer sa performance, il écopera d'une sanction réduite. Notons que cette distinction n'est pas reprise sur les listes du Conseil de l'Europe et de la Communauté française de Belgique. Le cannabis reste donc une substance interdite en compétition. Ces différentes approches traduisent bien l'embarras des législateurs concernant la nature "récréative" ou "ergogénique" du produit. Où commence et où finit la performance? Certains utilisateurs trouveront dans le cannabis un apaisement psychologique et physiologique qui leur permet d'échapper au stress pré ou post-compétition. Est-ce toujours du dopage?


Détection

Une consommation de cannabis est très facile à détecter au contrôle antidopage. La lente élimination de ce produit par l'organisme permet son identification dans les urines jusqu'à six semaines après consommation avec un seuil de détectabilité relativement bas (15 ng/ml). Le problème vient parfois que la personne plaide une consommation indépendante de la volonté du sportif: celle du fumeur passif. Ce fut notamment la défense du snowboarder canadien Ross Rebagliati pour conserver sa médaille d'or acquise aux Jeux olympiques de Nagano en 1998. Pour la petite histoire: sachez qu'il a finalement eu gain de cause.


Risques

Les études sur l'impact du haschich sur la santé sont relativement contradictoires et trahissent souvent les opinions plutôt favorables ou plutôt hostiles de leurs auteurs. Le phénomène de dépendance physique ou seulement psychologique ainsi que l'existence d'une tolérance plus ou moins prononcée sont également très discutés. La difficulté d'établir clairement les risques vient aussi du fait que les réactions à la drogue varient beaucoup selon les personnes. Il reste cependant une série de dangers bien identifiés associés à une consommation importante et régulière du produit: fatigue, problèmes de concentration, trous de mémoire, baisse de l'immunité, altération des spermatozoïdes, instabilité psychique. Autre source d'inquiétude: les producteurs actuels mettent sur le marché des préparations à base de cannabis beaucoup plus riches en THC qu'autrefois! Sa réputation de drogue douce paraît donc de moins en moins justifiée.


Gilles Goetghebuer

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* Les initiales THC se rapportent au terme "tétrahydrocannabinol" tiré du nom chimique complet: 11-nordelta9-tétrahydrocannabinol-9 acide carboxylique.